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Eric Arbaretaz présente le think tank Datacenter en Transition et ses travaux

Eric Arbaretaz, membre fondateur du think tank Datacenter en Transition, et Directeur technique de Nation Datacenter, nous présente le think tank et ses travaux sur l’efficacité et la transition énergétique des datacenters.

Consommation des Datacenters : quel mix énergétique pour demain ?
Par GRDF

En France, les Datacenters sont très souvent raccordés au réseau électrique public. Toutefois, celui-ci a déjà atteint ses limites en termes de capacité et certaines régions ne pourront plus accueillir d’autres sites. Cette tension impose alors de réfléchir à l’approvisionnement de ces centres avec un mix énergétique dans lequel le gaz, énergie flexible et résiliente, aurait toute sa place. Explication.

Par José GUIGNARD, Adjoint Délégué Marché d’Affaires, Direction Clients et Territoires Ile de France, Délégation Marché d’Affaires, GRDF

De nombreuses régions souffrent de dépendance énergétique. L’Île-de-France importe par exemple 90 % de son électricité. Pourtant, le projet du Grand Paris va générer une hausse de la demande en électricité de 4 000 MW, dont 1 000 réservés aux nouveaux Datacenters. Selon les prévisions, ceux-ci, très gourmands en ressources énergétiques, seront la seconde source de consommation d’électricité après les emplois tertiaires. Autrement dit, il est nécessaire de repenser le Datacenter de demain, son approvisionnement et sa place dans les territoires.

Pourquoi les Datacenters doivent-ils évoluer ?

À ce problème d’approvisionnement s’ajoute le contexte de la transition énergétique et de l’utilisation économe des ressources. Plusieurs facteurs invitent dès lors à repenser le Datacenter de demain : augmentation de la consommation électrique et du coût de l’électricité d’une part, complexification croissante de la gestion du réseau électrique avec l’émergence de différentes énergies renouvelables d’autre part.

De plus, la dépendance électrique pose la question de la crédibilité de la résilience énergétique des Datacenters qui, pour pallier la problématique d’approvisionnement, doivent reconsidérer dès maintenant la qualité et la continuité de leur alimentation énergétique pour une meilleure performance et soulève la problématique de la valorisation de la chaleur fatale.

Si les Datacenters continuent par nécessité de fonctionnement de consommer énormément d’énergie, rien n’empêche, pour autant, de repenser le poids de ces sites sur le réseau électrique. Pour des Datacenters résilients et socialement acceptables, il faut réfléchir à un Datacenter autonome et décarboné.

Décentraliser la production pour renforcer la résilience des Datacenters

Aujourd’hui, nous constatons que le réseau de gaz et les productions décentralisées d’électricité à partir du gaz sont extrêmement résilients. De la capacité à l’appoint, au secours et à l’effacement d’usage électro-intensif, à la valorisation énergétique complète, la cogénération et la trigénération répondent au défi d’une énergie durable.

De plus, les réseaux électriques et les réseaux de gaz offrent une logique de complémentarité unique. Ensemble, ils permettent de renforcer et de conforter la résilience et la redondance énergétique des Datacenters pour assurer les besoins en électricité, en froid et en back-up. Ce mix énergétique, en plus de faire disparaître le diesel des sites, offre davantage de flexibilité et de souplesse suivant la compétitivité du prix des énergies électriques et gaz.

Enfin, travailler à l’autonomie des Datacenters grâce à des productions décentralisées d’énergie permettrait de les ancrer de façon positive dans les territoires. Un site de méthanisation, adapté à l’échelle d’un Datacenter, créerait l’énergie nécessaire au back-up en cas de rupture de l’approvisionnement tout en participant à une économie locale, durable et circulaire. Ainsi, davantage de nouveaux projets nécessaires à la souveraineté numérique pourraient voir le jour grâce aux disponibilités énergétiques territoriales.

Data centers et transition énergétique, un pari d’avenir ?
Par CBRE

Le gouvernement vient de présenter sa feuille de route pour limiter l’empreinte écologique du numérique qui représente 5 à 10% du bilan carbone de la France. Les objectifs gouvernementaux sont ambitieux pour réduire la consommation énergétique des Data Centers

En réponse aux propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, le gouvernement souhaite associer le développement de ce secteur en plein boom tout en prenant en compte les enjeux environnementaux. Il sera question de soutenir les acteurs du numérique vertueux tout en imposant de fortes réductions de la consommation énergétique des data centers français, dans la continuité des objectifs fixés par le Décret Tertiaire et la Loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte (LTECV) avec un objectif de – 40 % d’ici à 2030 et – 60 % en 2050.

Une opportunité stratégique pour ce secteur en pleine croissance 


Avec la crise de la Covid-19, l’essor significatif du télétravail et l’évolution de nos modes de consommation, le numérique prend de plus en plus de place dans nos vies et celles des entreprises qui se digitalisent à grande vitesse. 

Or, les data centers sont aujourd’hui à l’origine de 25 % des émissions de gaz à effet de serre liées aux activités numériques. L’enjeu est de taille ! « L’économie interconnectée et dématérialisée a un besoin croissant de data centers, mais notre planète a besoin de data centers propres. Et des solutions existent ! » souligne Pierre-Louis Dumont, Directeur Data Center Solutions.

La consommation énergétique en particulier est le premier poste de dépense des data centers notamment pour des problématiques de refroidissement via la climatisation (49%, devant la construction, la maintenance et la sureté). Déjà en 2015, la consommation électrique des 176 data centers français était de 3 TWh (térawatt-heure), équivalente à celle de la ville de Lyon, selon l’Union française de l’électricité. Il est donc indispensable pour ces acteurs de se diriger en particulier vers les énergies renouvelables. En incluant les enjeux environnementaux dans leur stratégie, les data centers, traditionnellement pointés du doigt pour leur impact carbone, peuvent au contraire se positionner comme acteurs du changement.

Un actif immobilier qui vise la neutralité carbone d’ici 2030

Les enjeux environnementaux du numérique sont colossaux… La filière s’est saisie du sujet et a lancé une initiative commune au niveau européen : Climate Neutral Data Centre, dont l’objectif est d’atteindre la neutralité carbone en 2030 basée sur cinq engagements : réduction des PUE (Power Usage Effectiveness), 100% de l’énergie utilisée décarbonée, économies d’eau, réparation et réutilisation des serveurs et de la chaleur dégagée. « La révolution écologique est en marche et conformément aux exigences de l’Union Européenne, les acteurs de data centers nous sollicitent pour identifier des solutions innovantes pour réduire leur empreinte carbone et placer la transition énergétique au cœur de leurs stratégies de développement. » précise Ludovic Chambe Directeur Développement Durable. 

Des actions concrètes en faveur du climat en 2022 exigeront de nouvelles façons de penser de la part des leaders du secteur
Par Vertiv

Les effets de la consommation électrique des datacenters sont au premier plan des préoccupations des décideurs depuis des années, et bien que la récente opposition publique ait suscité quelques inquiétudes, les opérateurs de datacenters sont plus prêts que jamais à déployer des stratégies pour répondre efficacement aux problématiques d’écoresponsabilité et de lutte contre le réchauffement climatique.

Après que la pandémie ait entraîné un changement de paradigme et bouleversé presque tous les aspects de la vie quotidienne, le secteur des datacenters a passé la majeure partie des deux dernières années à essayer de maintenir les systèmes IT et d’aider les entreprises à répondre à la demande sans précédent en matière de travail à distance, d’e-commerce et d’autres technologies essentielles. Étonnamment au cours de cette période, la pandémie a également mis en lumière d’autres problèmes de continuité des opérations, en particulier en ce qui concerne l’environnement et la crise climatique. À mesure que l’urgence de la situation s’intensifie, les experts de Vertiv prévoient que de nombreuses entreprises feront de la durabilité des datacenters une priorité absolue en 2022. Cependant, les leaders du secteur se verront obligés de fournir de nouvelles perspectives et idées s’ils souhaitent combler le fossé entre l’accélération des demandes numériques et l’atténuation de leur impact environnemental.

Nous avons déjà observé dans le secteur, en particulier chez les principaux hyperscalers et fournisseurs de cloud, des réponses à ces préoccupations sur la durabilité environnementale des datacenters, notamment à travers des initiatives ambitieuses de neutralité en eau et de zéro carbone. Google a annoncé son objectif visant à n’exploiter que des sources d’énergie sans carbone d’ici 2030, tandis que Microsoft s’est fixé l’objectif ambitieux de devenir neutre en carbone et positif en matière de consommation d’eau d’ici 2030. Vertiv prévoit que davantage d’entreprises utiliseront des solutions numériques qui font correspondre l’utilisation de l’énergie à une énergie 100% renouvelable, jusqu’à opérer uniquement grâce aux énergies durables. Les systèmes d’énergie distribués hybrides peuvent assurer une alimentation DC et AC, ce qui offre plus d’opportunités d’optimisation de l’efficacité et permettra en définitive aux datacenters de fonctionner sans carbone.

Ces initiatives en développement durable contribueront sans aucun doute à réduire l’empreinte carbone à long terme de ces entreprises, mais les opérateurs de datacenters et de télécommunications devront également faire face à certains des dangers climatiques qui font actuellement des ravages et dominent les actualités. Par exemple, les États-Unis ont connu l’été le plus chaud jamais enregistré et au cours des neuf premiers mois de 2021 seulement, 18 catastrophes climatiques et phénomènes météorologiques distincts représentant plus d’un milliard de dollars sont survenus. Selon un rapport de l’Uptime Institute de mars 2021, 3 personnes interrogées sur 5 pensent qu’il y aura davantage d’interruptions du service informatique comme conséquence directe de l’impact du changement climatique, et près de 90% pensent que le changement climatique augmentera le coût des infrastructures et des opérations des datacenters au cours des 10 prochaines années. Par conséquent, les événements météorologiques extrêmes liés au changement climatique influenceront probablement les décisions concernant les localisations et les manières de créer de nouveaux datacenters et réseaux de télécommunications dans les années à venir.

Obstacles actuels face aux objectifs de durabilité

Les entreprises ont encore de nombreux processus à mettre en œuvre en vue d’effectuer le suivi de leurs mesures de durabilité. Selon le rapport 11th annual Global Data Center Survey de l’Uptime Institute, seule la moitié des responsables de datacenters environ surveillent la consommation d’eau à tous les niveaux, et seul un tiers surveille l’impact des émissions de carbone ou des déchets électroniques.

Une chose est sûre : Il ne s’agit pas seulement d’efficacité énergétique. En 2021, la moyenne annualisée du PUE (power usage effectiveness), soit la principale mesure de rendement des datacenters, était de 1,57 par rapport à 1,59 en 2020, ce qui indique que les niveaux d’efficacité globale ont atteint un plateau. Cela se vérifie certainement dans les datacenters traditionnels. Le rapport de l’Uptime Institue indique la même conclusion, en déclarant que « Même si un nombre croissant de nouvelles constructions affichent un PUE de 1,3 ou plus, il n’est pas économiquement ou techniquement faisable pour de nombreux opérateurs d’effectuer les révisions majeures requises pour un rendement supérieur dans de nombreux sites plus anciens. D’autres améliorations nécessiteront des changements importants. »

L’enquête conclut également que les entreprises devront élargir la portée des mesures qu’elles suivent si elles souhaitent évaluer plus précisément leurs progrès en matière de durabilité. Il s’agit notamment de mesurer et de suivre l’utilisation des serveurs, de la consommation d’eau, des émissions de carbone de l’IT ou des datacenters, ainsi que des déchets électroniques ou du cycle de vie des équipements.

Les technologies à l’origine du changement en 2022

Si les entreprises souhaitent obtenir des résultats plus durables, plus résilients et plus fiables, les experts s’attendent à ce que les technologies suivantes prennent une place prépondérante : piles à combustible, ressources renouvelables et systèmes de stockage d’énergie de longues durées, notamment les systèmes de stockage d’énergie par batterie (BESS) et les batteries lithium-ion.

Une expansion majeure de l’infrastructure de recyclage du lithium-ion en Amérique du Nord va enfin être mise en œuvre, car plusieurs entreprises ont obtenu des financements privés et publics majeurs sur le marché. Cette avancée dans le secteur éliminera l’un des derniers obstacles restants à l’adoption généralisée des batteries lithium-ion. Une fois ces processus en place, l’aspiration pour ces entreprises de recyclage est de pouvoir contribuer aux objectifs de durabilité d’une entreprise en gardant les batteries lithium-ion à l’écart des décharges.

Les piles à combustible et les ressources d’énergie renouvelable ont le potentiel de libérer l’opérateur du datacenter des goulots d’étranglement et restrictions de capacité des réseaux publics. Dans la course à l’élimination des émissions de carbone, ces ressources peuvent être associées à un stockage d’énergie adéquat pour fournir une énergie à plus long terme, bon marché, propre et durable.

Cette course n’inclut pas seulement le carbone. Les entreprises qui tentent de réduire leur efficacité en matière d’utilisation de l’eau (WUE) peuvent s’appuyer sur des systèmes de refroidissement qui n’utilisent pas d’eau, en particulier dans les zones de sécheresse. De plus, les experts prévoient que les réfrigérants à potentiel de réchauffement global (PRG) élevé seront supprimés et remplacés par de nouveaux équipements utilisant des réfrigérants à faible PRG d’ici 2030.

L’un des derniers obstacles au fonctionnement d’un datacenter durable s’étendra en fait au-delà de la technologie en exigeant des opérateurs de datacenters, des fournisseurs d’infrastructure et des urbanistes qu’ils collaborent afin de mettre en œuvre un datacenter centralisé pour l’infrastructure d’une communauté. Les énergies renouvelables sur site et le stockage d’énergie pour le datacenter pourraient s’appuyer sur le réseau électrique local plus étendu aux fins de stabilisation et de fourniture d’une alimentation propre à la communauté locale. La chaleur résiduelle du datacenter, qui est principalement dispersée dans l’air, pourrait être utilisée pour alimenter les chaudières et chauffer les installations à proximité, réduisant ainsi leurs besoins énergétiques. Il est essentiel que plusieurs parties prenantes de divers secteurs se réunissent en agissant pour le bien commun et pour atteindre ce résultat.

Tous ces facteurs climatiques et de durabilité influenceront la conception et s’étendront également au-delà du datacenter à d’autres infrastructures numériques comme les réseaux de télécoms qui doivent être présents partout. Les décideurs du secteur des télécoms doivent tenir compte de la crise climatique lorsqu’ils conçoivent et mettent en œuvre leur infrastructure réseau. Les experts prévoient également que ces décideurs prendront en compte un certain nombre de facteurs liés au choix du site lors de la planification de nouvelles infrastructures, notamment la fiabilité et le caractère abordable du réseau, les températures locales, la disponibilité de l’eau, ainsi que l’énergie durable et renouvelable produite localement, les règlementations qui rationnent l’électricité des réseaux publics et limitent la quantité d’énergie offerte aux datacenters. Bien qu’aucune réponse évidente aux questions liées au changement climatique et au développement durable n’existe, Vertiv reste déterminé à mettre l’accent sur des technologies visant à assurer la durabilité des datacenters et infrastructures de télécommunication, ainsi qu’à collaborer étroitement avec les leaders du secteur et les clients pour aborder les problèmes de la crise climatique plus rigoureusement.

En savoir plus sur ces tendances et d’autres mesures figurant dans la liste des tendances annuelles de Vertiv.

La vérité sur la consommation énergétique des datacenters

Par Datacenter en Transition

Des rapports alarmants sont publiés régulièrement qui dénoncent la surconsommation énergétique des datacenters et leur empreinte carbone qui ne cesse d’augmenter. La plupart s’appuient sur un rapport publié par The Independent en 2016. Celui-ci affirmait que de « pratiquement rien il y a 10 ans », les datacenters allaient consommer en 2016 environ 3% de l’approvisionnement mondial en électricité et représenteraient environ 2% du total des gaz à effet de serre. Et de faire le parallèle avec l’empreinte carbone de l’industrie aérienne, également estimée à 2%. 

Prenant en compte l’explosion exponentielle du volume des données que nous produisons et stockons, ce même rapport a prédit que la quantité totale d’énergie consommée par les datacenters triplera au cours des 10 prochaines années… Une vision prospective qui représente une voie royale pour les opposants aux datacenters et à la transformation numérique.

Un erreur d’extrapolation

Le problème avec ce type d’étude, c’est qu’elle ne sont qu’un cliché rarement exact d’un marché sur lequel nous manquons d’informations, et surtout que les projections reposent sur une équation simpliste qui n’intègre ni l’évolution technologique ni la transformation des modèles de production. Les projections sont pour la plupart fausses, mais elles satisfont les défenseurs de l’environnement qui souvent sont de bonne foi mais sont mal informés.

Une étude plus récente, “Recalibrating global data center energy-use estimates”, pilotée par Eric Masanet, de la Northwestern University, et publiée dans Science le 28 février 2020, révèle qu’en 2018 :

  • Les datacenters ont consommé 205 térawatts-heures ;
  • Soit environ 1% de toute l’électricité consommée cette année-là dans le monde (le même chiffre qu’en 2010) ;
  • En 10 ans (2010/2020), les datacenters ont été 550% plus actifs ;
  • Mais leur consommation d’énergie n’a crû que de 6% ;
  • Et l’activité des datacenters à l’échelle mondiale devrait doubler d’ici 3 à 4 ans.

Du DC privé à l’hyperscale vertueux

Avec le cloud, la consommation des infrastructures informatiques évolue. Les serveurs, le stockage et les équipements réseaux ont à eux seuls consommé 130 térawatts-heures d’énergie en 2018, contre 92 TWh en 2010. Le calcul demeure donc le premier centre de consommation énergétique du datacenter. Par contre, la puissance de calcul pour chaque 1Wh utilisé ne cesse d’augmenter. 

Cela permet de pointer les datacenters vieillissants exploités par les entreprises traditionnelles, dont l’inefficacité énergétique est reconnue. Ils font face à l’optimisation en continu des datacenters hyperscales déployés par les géants du Web. En 2018, 89% des instances de calcul étaient hébergées dans des datacenters cloud, à la fois hyperscale et plus petites installations dédiées au cloud computing. Cette migration explique en partie pourquoi la consommation énergétique des datacenters n’augmente pas au rythme de la création de données. Car les équipements des acteurs de l’hébergement dans le Cloud profitent de l’évolution en continu des équipementiers et de leurs recherches dans la maîtrise de la consommation énergétique.

C’est toute une profession qui s’est engagée dans la croisade de l’efficience des datacenters et de la réduction de la facture carbone. Encore faut-il qu’elle avance en ordre serré et que toutes les organisations, même celles qui exploitent des datacenters anciens, en profitent.

Et si l’avenir énergétique du datacenter était aussi dans le gaz ?
Par GRDF

Gaz, gaz vert, hydrogène, trigénération… José Guignard, Chef d’Agence Marché d’Affaires Ile de France chez GRDF, nous ouvre les perspectives d’un mix énergétique où le gaz, en particulier le gaz renouvelable, et la production d’énergie par le datacenter ont leur place, et accompagnent la transition énergétique.

Parlons énergie, parlons carbone !
Par Nexeren

Les Datacenters des grands acteurs IT mondiaux sont régulièrement remis en question par les populations locales et leurs gouvernements, le plus souvent pour des préoccupations quant à leur usage de l’énergie, et depuis peu pour la question plus large de leurs impacts environnementaux. On voit ainsi une halte annoncée sur les constructions à Singapour, une longue pause et nouvelles obligations à Amsterdam, moratoire sur les implantations en examen en Irlande, et même le projet de déploiement d’une nouvelle Amazon en France a été récemment retoqué par le préfet du département concerné.

Face à cela les exploitants de Datacenter de colocation neutre – entendre par là les opérateurs de Datacenters qui proposent à des entreprises tierces un service d’hébergement en mutualisant pour eux la mise à disposition d’une architecture résiliente – ces opérateurs, donc, se sont saisis du sujet et annonce désormais à grand bruit leur neutralité carbone, immédiate ou à très court terme. Le plus souvent derrière ces annonces il y a le recours à des PPA (Power Purchase Agrement), des contrats d’approvisionnement d’énergie renouvelable.

LE POSITIONNEMENT DE NOTRE DATACENTER FACE À L’ÉNERGIE

Depuis leur conception et leur construction, il y a maintenant huit ans pour NEXEREN 1 , les Datacenters de NEXEREN sont alimentés avec de l’énergie renouvelable. Nous parlons d’un contrat à énergie « sourcée » : ce n’est l’électron qui est utilisé dans nos datacenters qui est forcément produit par une énergie renouvelable, mais nous achetons – avec un surcout que nous devons assumer sur le prix – la garantie que notre consommation est équilibrée par une production en renouvelable. Nous sommes donc là sur un principe de compensation, qui évite, en passant, la perte d’énergie qui serait associée au transport depuis une source possiblement lointaine jusqu’à nos infrastructures.

Une fois notre énergie sourcée et acquise avec sa compensation en production renouvelable, il convient encore d’en faire le meilleur usage. Et pour paraphraser l’adage connu, la meilleure énergie dans ce cas reste bien celle que l’on économise, voire que l’on ne consomme pas, tout en rendant bien sûr un service identique.

Dans notre métier, cela s’appelle l’efficience énergétique, et elle a un instrument de mesure spécifique : le PUE, pour Power Usage Effectiveness.

Ce PUE est un ratio entre l’énergie utilisée par la production IT et l’énergie globale du Datacenter. Combien d’énergie totale en kilowatt faut-il pour fournir aux serveurs un kilowatt qui va servir à la production informatique.

POURQUOI NOUS CHOISIR ?

NOTRE PUE

Le PUE moyen en Europe est ainsi de 2,53 : il faut donc 2,53 kilowatts entrants dans le Datacenter pour que les serveurs puissent en consommer 1, le solde de 1,53 kilowatts étant lui utilisé par le Datacenter lui-même.

Chez NEXEREN, notre PUE est inférieur à 1,3. Quand la production IT consomme un kilowatt, nos infrastructures n’en demandent seulement que 0,3 supplémentaire pour fonctionner. Et comme nous sommes assez fiers de cette performance, nous publions cette information sur notre site web, en temps réel et accessible à tout le monde. Et cela, depuis la livraison du bâtiment. Nous n’avons jamais considéré que cette information était confidentielle, mais bien au contraire que nous devions cette transparence à nos clients. Nous aimerions que les hyperscalers et autres géants de la colocation fassent de même.

Enfin, et mieux encore, comme nos Datacenters sont dimensionnés pour qu’ils puissent accompagner le développement de nos clients, il nous reste beaucoup d’espace disponible dans la plupart d’entre eux. Ce qui veut dire que notre PUE va encore s’améliorer dans les mois et années à venir, par un effet de mutualisation de notre consommation propre.

EN SAVOIR PLUS

D’AUTRES SUJETS D’ANALYSES ET DE MESURES

Au-delà de la seule question – importante – de l’énergie, apparaissent désormais dans la communauté de métier d’autres sujets et d’autres angles d’analyses et de mesures.  Il s’agit par exemple de gestion des déchets électroniques, du recyclage, ou bien encore de l’usage de l’eau. Et là encore, ces sujets « nouveaux » sont des sujets anciens chez NEXEREN.

Nous confions par exemple les déchets électroniques de nos clients à des prestataires spécialisés, qui veillent à la fois à un décommissionnement dans les règles de l’art, mais aussi au recyclage de ces matériels.

Pour l’usage de l’eau – et tandis que Microsoft annonce qu’il veut réduire sa consommation d’eau de 95%, ce qui souligne l’ampleur du travail à accomplir – nous avons fait des choix technologiques qui induisent un usage de l’eau très limité. C’est en particulier vrai pour nos équipements de refroidissement, en évitant les solutions qui reposent sur de l’évaporation d’eau, mais c’est aussi vrai pour nos températures de fonctionnement que nous montons de quelques degrés pour ne refroidir que lorsque cela est vraiment nécessaire.

POUR EN SAVOIR PLUS, CONSULTEZ-NOUS

Au total , notre retour d’expérience sur plus de dix ans, et la comparaison avec les pratiques de grands géants mondiaux, nous amènent à réaliser que comme Monsieur Jourdain nous faisions de la prose sans le savoir. Ou en tout cas, que les acteurs rigoureux que nous sommes avons depuis l’origine choisi en matière de limitation des impacts environnementaux, sont désormais plus largement adoptées sous la pression des citoyens et des pouvoirs publics.

Il reste cependant beaucoup à faire, en analysant les bilans carbones de tous les équipements qui composent nos infrastructures, et en accélérant encore le rythme de nos améliorations sur ces sujets. Nous n’avons plus le temps d’attendre l’émergence d’un consensus entre professionnels, ou l’arrivée d’une loi qui encadrerait des obligations en matière environnementale : nous agissons d’ores et déjà à notre échelle au quotidien.

Pourquoi les nouveaux réfrigérants sont essentiels pour aider les datacenters à atteindre les objectifs environnementaux ?
Par Vertiv

La période estivale est généralement réservée aux vacances (ou cette année, peut-être des mini-séjours), profiter du soleil et se retrouver en famille et entre amis.

Toutefois, ces dernières années, dans certaines régions du monde, l’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes a donné à l’été un nouvel aspect, peu agréable.

Cet été, certaines parties du monde, y compris les États-Unis, le Canada et certaines régions du Royaume-Uni, ont connu une chaleur extrême, tandis qu’en Allemagne, en juillet, les pires inondations jamais enregistrées depuis des décennies sont survenues.

Des experts affirment que le nombre des phénomènes météorologiques extrêmes augmentera avec le changement climatique. Afin d’atténuer le changement climatique, tout le monde, y compris les datacenters, doit jouer leur rôle dans la réduction des émissions de carbone.

Pour les datacenters, cela signifie faire plus avec moins. Ils doivent fournir plus de puissance de calcul afin de pouvoir répondre à la demande croissante des clients et des entreprises, tout en consommant moins d’énergie et en réduisant leur empreinte carbone.

La chaleur monte : Réglementations environnementales et datacenters

Comment les datacenters, de plus en plus grands et répandus, peuvent-ils satisfaire aux nouvelles réglementations environnementales sans sacrifier les performances ? Comment peuvent-ils évoluer en toute confiance pour prendre en charge une vague de nouvelles technologies intensives en calcul, telles que l’intelligence artificielle (IA), la réalité virtuelle et la 5G ? Le passage aux réseaux mobiles de cinquième génération augmentera probablement la consommation électrique totale du réseau de 150-170 pour cent d’ici 2026.

Beaucoup dépendra de l’utilisation de technologies de refroidissement plus efficaces. Partout dans le monde, les gouvernements ont commencé à interdire ou à restreindre l’utilisation de réfrigérants produisant une quantité élevée d’émissions de carbone (ou ayant « un potentiel de réchauffement global élevé », « PRG » dans le jargon industriel), tels que les hydrocarbures fluorés (HFC).

En Europe, par exemple, une réglementation (517/2014) vise à éliminer progressivement l’utilisation de certains gaz à effet de serre utilisés dans les réfrigérants. La Chine et les États-Unis ont instauré des règlements similaires.

Les progrès vers une infrastructure numérique plus durable seront plus faciles si l’industrie peut convenir de normes de rendement énergétique. Le code de l’Union européenne relatif au rendement énergétique dans les datacenters pourrait aider à soutenir les progrès en matière de durabilité des technologies de refroidissement.

Les initiatives volontaires de l’industrie − telles que le « Climate Neutral Data Center Pact » (Pacte de neutralité climatique) conclu en Europe entre les fournisseurs d’infrastructures cloud et les opérateurs de datacenters, qui ont convenu de rendre les datacenters européens climatiquement neutres d’ici 2030, − constituent un autre développement encourageant.

Un avenir écologique

Certains fournisseurs de datacenter, tels que Green Mountain en Norvège, ouvrent également la voie. Situé au cœur des montagnes norvégiennes, Green Mountain, un ancien site de stockage de munitions haute sécurité de l’OTAN devenu datacenter, fonctionne entièrement à l’énergie hydraulique.

Ce site unique offre un avantage considérable en matière d’exploitation de sources d’énergie renouvelable et la minimisation des équipements de refroidissement pour des opérations avec des émissions de CO2 proches de zéro. Cependant, comme tous les datacenters, il requiert des systèmes de refroidissement afin de maintenir une disponibilité optimale.

Récemment, Green Mountain, l’un des datacenters les plus durables au monde, est devenu encore plus écologique en mettant à niveau ses technologies de gestion de l’énergie et du refroidissement en partenariat avec Vertiv.

Après des recherches approfondies, les dirigeants de Green Mountain se sont rendus dans les Centres d’expérience client Vertiv en Italie pour voir les technologies Vertiv en action et tester les performances dans des conditions extrêmes. En conséquence, Green Mountain a choisi les unités périphériques à eau glacée Vertiv™ Liebert® PCW à rendement élevé, pour une puissance frigorifique totale installée de 5 MW. Liebert PCW permet des normes de rendement élevé grâce à une combinaison des dernières technologies et une conception interne optimisant l’aérodynamisme des composants internes.

Selon l’Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA) [1][2][3], les datacenters jouent un rôle central en étant l’épicentre en matière d’innovation technologique, de rendement énergétique, d’énergies renouvelables et en termes d’économie des données rendue possible par la numérisation. Les opérateurs de datacenter tels que Green Mountain peuvent être considérés comme un modèle pour accélérer une transition énergétique durable et ouvrir la voie à d’autres industries énergivores.

La dernière innovation de Vertiv en matière de refroidissement

Dans le cadre des efforts de Vertiv en matière de durabilité des datacenters, nous avons récemment lancé Vertiv™ Liebert® AFC, une gamme innovante de groupes de production d’eau glacée avec technologie à vis inverter et réfrigérant écologique. Le produit utilise moins d’énergie, avec un nouveau réfrigérant HFO qui produit généralement mille fois moins d’émissions de carbone que les réfrigérants traditionnels. Le groupe de production d’eau glacée est installé à l’extérieur des datacenters, généralement sur les toits des sites, ou dans la périphérie du bâtiment.

Le produit a plusieurs versions, ce qui signifie qu’il peut s’adapter à des climats variables (groupe de production d’eau glacée, Freecooling, technologies Freecooling sans glycol) et peut fonctionner dans une large gamme de températures, de -25 degrés Celsius à +56 degrés Celsius.

Les autres avantages incluent la possibilité d’utiliser de l’eau pure à l’intérieur du datacenter, ce qui réduit le risque de pollution de l’environnement, et garantit des coûts d’installation inférieurs et fournit des batteries freecooling optimisées (batteries 25 % plus grandes afin de maximiser l’échange de chaleur en utilisant l’air ambiant externe comme principale source de refroidissement ), offrant une capacité de freecooling accrue et plus d’heures de freecooling, ce qui se traduit par un meilleur rendement saisonnier et des coûts d’exploitation réduits.

Un autre plus est sa taille. Liebert AFC est jusqu’à 15 % plus compact que la norme dans l’industrie, ce qui signifie qu’il est plus facile à installer dans des espaces confinés. Ses configurations silencieuses et peu bruyantes, qui minimisent la pollution sonore dans les zones urbaines et résidentielles, sont bien adaptées aux différents besoins des infrastructures critiques, ce qui en fait un produit extrêmement polyvalent et hautement configurable. De plus, le Liebert AFC utilise des algorithmes informatiques pour contrôler l’approvisionnement en eau et la température, et optimiser le rendement de l’unité, permettant ainsi d’économiser jusqu’à 20 % en termes de consommation électrique annuelle par rapport à une solution traditionnelle.

Le marché du refroidissement chauffe

L’amélioration des performances environnementales des datacenters aidera les gouvernements à atteindre des objectifs ambitieux pour l’atteinte de la neutralité carbone d’ici 2050 ou plus tôt.

Par exemple, en juillet, l’Union européenne (UE) a annoncé des propositions relatives au changement climatique visant à soutenir son objectif de devenir neutre en carbone d’ici 2050. Elles comprennent des plans visant à taxer le kérosène et à interdire effectivement la vente de voitures à essence et diesel dans les 20 ans.

L’UE examine également les règlements relatifs aux gaz à effet de serre qui sont largement utilisés pour refroidir les datacenters. Le « règlement actuel sur les gaz F », −à savoir les gaz fluorés, une famille de gaz artificiels utilisés dans une gamme d’applications industrielles, − s’applique depuis 2015.

Le règlement limite la quantité totale des gaz F les plus importants pouvant être vendue dans l’UE à partir de 2015, les réduisant ainsi progressivement à un cinquième des ventes de 2014 d’ici 2030. Étant donné que des alternatives respectueuses du climat sont disponibles pour de nombreux produits et équipements dans lesquels les gaz F sont couramment utilisés, ceci incluant les datacenters, cette réduction ambitieuse est réalisable à un coût relativement faible.

La technologie de refroidissement a souvent été le héros méconnu des datacenters et de notre infrastructure numérique. Aujourd’hui, alors que les datacenters font face à une pression croissante pour réduire leur empreinte carbone tout en fournissant plus de puissance de calcul, la technologie fait l’objet de plus en plus d’attention. Notre tout dernier Liebert AFC avec réfrigérant à faible PRG constitue une étape dans la bonne direction, mais il reste beaucoup à faire si notre secteur veut atteindre ses propres objectifs en matière de durabilité et de rendement. Nous sommes impatients de participer au débat ainsi que de contribuer à la création de solutions.

Bernard Lecanu, mémoire vivante de l’histoire du datacenter et porteur du Code of Conduct

Il nous a fait l’honneur de nous accorder une interview, pour évoquer sa participation à l’histoire du datacenter, sa participation à l’élaboration du Code of Conduct européen, et sa vision du futur du datacenter. Merci à Bernard Lecanu.

Secours électriques en Datacenter et Effacement (part 2)

Source : Datacenter en Transition

Suite de la table ronde Datacenter en Transition.

Table ronde Datacenter en Transition seconde partie, avec José Guignard (GRDF), Jérôme Nicolle (Ceriz), Laurent Orvoën (Eneria), animée par Eric Arbaretaz (Thésée Datacenter) pilote du Think Tank.

Eric Arbaretaz : Effectivement, j’ai souvenir que de nombreux acteurs se sont rapprochés ces dernières années des hébergeurs en région parisienne. Et il semble que le problème essentiel est un manque d’intérêt économique. Quels sont les ordres de valeurs dont nous parlons ?

Jérôme Nicolle : Les groupes électrogènes sont installés à des fins de sécurisation et n’ont pas stricto-sensu de rôle productif dans l’immobilisation capitalistique qu’ils requièrent. Leur entretien est un poste de charge lourd. Leur valorisation au profit du réseau de distribution d’électricité permettrait de rentabiliser les installations.

Laurent Orvoën : Le principe de l’effacement est pratiqué depuis de nombreuses années en utilisant les groupes électrogènes que nous entretenons chez certains industriels, tout d’abord avec l’EJP (Effacement Jours de Pointe) et aujourd’hui avec le mécanisme de l’effacement. Cette pratique a connu un très grand succès du fait de tarifs attractifs et du nombre de jours d’appel annuel connu (22 jours par an) avec un délai de prévenance de quelques heures. Les installations étaient alors rentabilisées.

Mais la situation est différente aujourd’hui. Le nouveau mécanisme de l’effacement impose un délai de prévenance de quelques minutes et un tarif suivant appel d’offres à coût marginal. De nombreux acteurs se positionnent et RTE commence toujours par appeler les acteurs qui proposent le prix le plus bas et monte ensuite les prix d’appel en fonction de ses besoins. Les rémunérations sont donc très basses. Rentabiliser les installations est donc difficile sachant qu’elles doivent être modifiées pour répondre aux contraintes de production de la nouvelle rubrique 2910.

José Guignard : Le gaz répond aux objectifs d’une production d’énergie renouvelable et décentralisée croissante et continue :

  • Effacement (cogénération / trigénération à partir de moteur à gaz, turbine à gaz, pile à combustible) : électro-intensif (datacenter, Grand Paris, IGH, Hôpitaux, etc.)
  • Systèmes hybrides (mix énergétique) : échelle du site
  • Mix énergétique territorial : tous les réseaux énergétiques interconnectés
  • Pic de consommation et résilience (groupe électrogène gaz naturel)
Source RTE 2018

La cogénération permet de compenser partiellement la baisse progressive de la production d’électricité par charbon et fioul : le gaz est la seule énergie qui a progressé entre 2017 et 2018.

Il est important de noter que de nombreux sites sensibles comme les hôpitaux et les aéroports sont équipés de groupes de cogénération.
Eric Arbaretaz : Mais est-ce qu’il y a également des contraintes techniques ?
Jérôme Nicolle : La réglementation ICPE de ces installations interdit actuellement leur fonctionnement hors du stricte cadre de secours d’une alimentation principale car de nombreuses contraintes s’imposent aux groupes dits de production.

Laurent Orvoën : Un groupe électrogène qui peut fonctionner en effacement est assimilé à un groupe de production et donc soumis à de nombreuses obligations environnementales très contraignantes, en particulier concernant les émissions. Les groupes électrogènes de secours qui fonctionnent moins de 500 heures par an ne sont pas soumis à ces contraintes, sauf si les autorités locales ou les exploitants de datacenters le requièrent. Les constructeurs de groupes électrogènes proposent des solutions de traitement de fumées en pré ou post combustion qui filtrent les particules et NOx.

Une autre alternative est le dual fuel. Des groupes électrogènes diesel pouvant fonctionner avec jusqu’à 70% de gaz. Ce type de groupe peut être utilisé en secours avec un temps de démarrage au diesel très court puis en régime établi de fonctionner au gaz avec des émissions réduites.

Jérôme Nicolle : Si l’on veut augmenter les capacités de production EnR, alors on doit utiliser toute forme de micro-production ou d’effacement sans dogmatisme sur leurs technologies, car l’augmentation de leur emploi permettra de réduire considérablement leurs inconvénients. Cette stratégie offre d’autres intérêts significatifs : les groupes électrogènes sont un débouché naturel pour les productions de carburants renouvelables, car les installations thermiques fixes sont bien plus tolérantes que les moteurs de véhicules.

Pour encourager l’utilisation de ces infrastructures, il faudrait lever la restriction de durée de fonctionnement et de la finalité de secours des installations disposant d’équipements de dépollution répondant à des normes progressivement accrues, et créer une classe d’offre d’approvisionnement d’énergie de réseau à coût réduit mais requérant une capacité d’effacement pilotée.

Laurent Orvoën : L’autre contrainte est liée à l’autonomie de carburant. Les datacenters sont équipés de cuves à fioul calculées pour des autonomies importantes en cas de coupure de courant en lien avec les conditions de réapprovisionnement. L’effacement implique d’augmenter ces capacités si les exploitants des datacenters veulent conserver les autonomies initiales.

José Guignard : Si on parle de production de substitution, il existe plusieurs solutions, comme la trigénération gaz qui est aujourd’hui une des solutions matures dans l’industrie des datacenters et offre moins de contraintes techniques. Elle présente également moins de contraintes réglementaires ICPE et permet de réduire la consommation d’énergie primaire de 30%. Sur ce dernier point, la cogénération gaz est dimensionnée pour répondre aux besoins électriques IT uniquement ; la chaleur est ensuite transformée en froid pour répondre aux besoins du site.

Laurent Orvoën : La trigénération gaz est effectivement une alternative à l’utilisation de l’énergie électrique du réseau en substituant le gaz à l’électron. La centrale de trigénération alimentée en gaz permet alors de produire l’électricité pour le datacenter et de la chaleur transformée en froid. C’est une technologie éprouvée et les émissions peuvent être maîtrisées avec des catalyseurs et des systèmes d’injection d’urée.

Eric Arbaretaz : Je comprends très bien le principe du BioGaz dont l’impact carbone est nul. Mais est-ce qu’il est possible de capturer le carbone issu de sa combustion ?

José Guignard : Les dispositifs de séquestration carbone existent et sont en cours de développement. Plusieurs solutions semblent prometteuses. Le captage CO2 permettrait notamment la mise en place de systèmes de quadri génération.

Laurent Orvoën : La récupération du CO2 des centrales de cogénération est utilisée actuellement dans les serres maraîchères pour améliorer la photosynthèse des plantes. Nous sommes loin des datacenter installés en zone urbaine, mais ce sont des voies de réflexion pour l’insertion et l’acceptation des datacenters.

Eric Arbaretaz : Que pensez-vous de l’hydrogène comme énergie d’alimentation des datacenters ?

José Guignard : C’est une des solutions avec le gaz renouvelable pour décarboner notre réseau : un rapport de fin 2019 confirme le rôle des réseaux gaziers, des sites de stockage et des terminaux méthaniers dans le déploiement de l’hydrogène en France et l’atteinte de la neutralité carbone en 2050.

Les opérateurs confirment qu’il est possible d’intégrer un volume significatif d’hydrogène dans le mix gazier d’ici 2025, avec des coûts limités d’adaptation des infrastructures. Ces dernières pourront ainsi accueillir l’hydrogène décarboné et renouvelable, que ce soit via la récupération d’hydrogène coproduit dans l’industrie, celui issu de la pyrogazéification de déchets ou biomasse, du reformage de gaz avec stockage du carbone, ou bien encore du Power to Gas.

Laurent Orvoen : Nous pensons que c’est une solution d’avenir. Eneria se positionne actuellement sur cette technologie pour des applications groupes électrogènes, mais aussi motorisations terrestres et maritimes. Les solutions hybrides solaires sont aussi des actes de recherche et développement.

Eric Arbaretaz : Comment souhaitez-vous conclure cette table ronde ?

Jérôme Nicolle : Le parc d’installations de génération d’électricité d’appoint en France métropolitaine est d’au moins 3GW. Alors que ces installations sont aujourd’hui sous-employées, elles constituent un potentiel important pour accompagner le déploiement des nouvelles énergies renouvelables.

Les autorités devraient prendre plusieurs mesures pour accompagner cette transition énergétique :

  • Levée de la restriction de durée de fonctionnement et de la finalité de secours des installations disposant d’équipements de dépollution répondant à des normes progressivement accrues.
  • Création d’une classe d’offre d’approvisionnement d’énergie de réseau à coût réduit mais requérant une capacité d’effacement pilotée.
  • Financement de la recherche portant sur les systèmes CCS et de lavage de fumées, voire subventionnement de ces installations.

José Guignard : La transition énergétique ne pourra pas se faire sans le gaz renouvelable : or, le gaz naturel d’aujourd’hui sera du gaz renouvelable demain. Le mix énergétique est la clé de la réussite, car il permet d’allier les avantages des différentes énergies sans les opposer.

Laurent Orvoën : Nous devons sans cesse innover et être ouverts à l’innovation. L’avenir sera certainement des solutions d’énergies décarbonées partiellement ou totalement. Nous y travaillons. Pour l’instant les solutions « classiques » demeurent les plus fiables. Nous les améliorons sans cesse pour réduire leur impact environnemental.

Secours électriques en Datacenter et Effacement (part 1)

Source : Datacenter en Transition

L’alimentation électrique des Data Centers, le secours électrique, l’effacement, les alternatives aux solutions actuelles (tri-génération, solaire, hydrogène…).

Table ronde Datacenter en Transition, avec José Guignard (GRDF), Jérôme Nicolle (Ceriz), Laurent Orvoën (Eneria), animée par Eric Arbaretaz (Thésée Datacenter) pilote du Think Tank.

Eric Arbaretaz : Parlez-nous des moyens de secours électriques dont disposent les datacenters.

Jérôme Nicolle : Comme de nombreux sites industriels et plus encore sans doute, les datacenters doivent assurer une totale disponibilité de leur alimentation électrique. Ces sites sont dotés de groupes électrogènes, majoritairement à moteurs diesel, ainsi que d’onduleurs et batteries afin d’assurer une bascule sans interruption entre le réseau électrique et les groupes de secours.

Laurent Orvoën : La classification Tier des datacenters impose à leurs exploitants des équipements de secours électriques redondants pour avoir une disponibilité proche des 100% de l’alimentation électrique.
De nombreux équipements sont doublés afin d’assurer la continuité du service en cas de défaillance d’un des éléments. Des systèmes d’alimentation électrique importants sont aussi nécessaires pour palier à d’éventuelles coupures électriques.

Ainsi plusieurs systèmes se relaient en cas de coupure, dans cet ordre :

  • des onduleurs et des batteries ;
  • après quelques secondes, des groupes électrogènes prennent le relais ;
  • en cas de défaillance des groupes électrogènes, une ligne électrique de secours permet d’assurer l’alimentation du datacenter.

Le secours électrique des datacenters est un sujet très sensible pour les exploitants et leurs clients qui exigent des disponibilités absolues de leur process (les serveurs). Les exploitants consacrent des moyens financiers importants, autant en investissement qu’en exploitation. L’ensemble des exploitants apportent ainsi beaucoup de soin dans l’entretien de leurs moyens de secours, avec des budgets maintenance conséquents et des moyens importants mis en œuvre pour les essais périodiques.

José Guignard : En France, les datacenters sont majoritairement directement raccordés au réseau électrique, qui lui-même est alimenté par des installations centralisées. Les datacenters exigent en complément une disponibilité de l’approvisionnement électrique proche de 100%. Cela leur impose des investissements en back up très coûteux pour éviter le risque de rupture de l’alimentation électrique au réseau, même si celle-ci est redondée. Il n’en demeure pas moins que le réseau électrique a déjà atteint ses limites en termes de capacité dans certaines régions ; par ailleurs, le projet du Grand Paris va générer une hausse de la demande en électricité de 4 000 MW, intégrant les datacenters. Or, la région IDF importe aujourd’hui environ 90% de son électricité !

Dans un tel contexte, auquel s’ajoute celui de la transition énergétique, plusieurs facteurs invitent à repenser le datacenter : augmentation de la consommation énergétique, augmentation du coût de l’électricité, complexification croissante de la gestion du réseau électrique avec l’émergence des EnR, dépendance au tout-électrique, appropriation de la question énergétique en local, apparition de mécanismes de régulation du réseau (effacement, marché de capacité…), sur-réservation électrique, concurrence d’usages dans les territoires, acceptabilité sociétale, durcissement des réglementations environnementales, impacts du COVID-19 sur la production et le réseau électriques. Au regard de tout cela, nous constatons que le réseau de gaz et les productions décentralisées d’électricité à partir du gaz répondent déjà partiellement à l’appoint, au secours et à l’effacement d’usage électro-intensif par le biais de la cogénération/trigénération.

Eric Arbaretaz : Quelles seront les tendances dans les prochaines années ?

Jérôme Nicolle : Le raccordement d’un nombre croissant de moyens de production d’électricité de sources renouvelables non pilotables (photovoltaïque et éolien) pourrait poser un problème de stabilité du réseau électrique (transport et distribution) national. L’utilisation de moyens de production ou d’effacement pilotables à maille fine (minutes voire secondes), qui plus est déjà installés et disponibles, permettrait de soulager le réseau sans besoin significatif d’investissements.

Laurent Orvoën : L’utilisation des moyens de secours installés au sein des datacenters pour d’autres applications que le secours pur, dont l’effacement, peut effectivement être évoquée. Cette solution est utilisée dans le secteur industriel et les installations doivent préalablement être adaptées suivant la rubrique 2910, en particulier concernant les émissions. Nous intervenons en maintenance sur ces équipements. Cependant, les exploitants de datacenters ne nous semblent pas prêts à ce jour à modifier la gestion de leurs sites soumis à des contraintes très importantes de disponibilité pour un soutien au réseau électrique.

José Guignard : Le taux de disponibilité est très sensible à la qualité de l’approvisionnement énergétique et aux politiques associées (par exemple, la fermeture de Fessenheim, les multiples tranches nucléaires vieillissantes, le manque de production dans les périodes hivernales, les importations, les effacements au réseau électrique, la mise en fonctionnement des cycles combinés gaz et le développement des EnR solaires et éoliennes qui n’offrent pas l’équilibre et la flexibilité attendus).

Pour autant, la puissance de secours réservée par les datacenters mobilise intensément le réseau électrique, alors même que la ligne d’ultime secours n’est utilisée qu’en dernier recours, c’est-à-dire presque jamais.

La cascade d’équipements et processus de secours engendre un surcoût important tout en ne sécurisant que partiellement la chaîne de criticité. Dans ce modèle actuel, électro-dépendant, l’exploitant de datacenter n’a aucune prise sur une stratégie de réduction et valorisation de son approvisionnement énergétique, il se voit d’ailleurs imposé des politiques (effacement réseau par exemple) qui résultent de contraintes externes et qui sont préjudiciables à la qualité de service qu’il garantit à ses clients (taux de disponibilité). Le couplage du datacenter avec une unité autonome de production raccordée au réseau de gaz en plus du réseau électrique permettrait d’optimiser et de valoriser toute la chaîne de valeur énergétique, et d’assurer des arbitrages pour une autonomie et une indépendance plus forte à l’effacement.

Laurent Orvoën : Il faut noter que le réseau électrique français est extrêmement résilient et c’est même un facteur attractif pour l’installation de datacenters en France, tout comme le faible coût de l’électricité. L’intermittence des EnR est un sujet dans certains pays et elle pourrait le devenir en France, reste à voir à quelle échéance. Tant que nous disposerons d’une base nucléaire répondant à plus de 50% des besoins de consommation maxi (on est au moins à 70% aujourd’hui), il n’y a à priori aucun risque de voir le réseau français s’écrouler. Le réseau français est bien interconnecté contrairement à d’autres pays parfois plus en « antenne » donc avec des bouts de ligne à soutenir.

Jérôme Nicolle : Effectivement, cela dépend de la politique énergétique menée par la France. Celle-ci semble favoriser, par subventionnement élevé, le déploiement de parcs de production éoliens au détriment de capacités décarbonées déjà installées. Si on compare à l’effet de cette politique dans les pays voisins, l’intermittence ainsi provoquée ne pourrait sans doute pas s’équilibrer à l’échelle nationale et peu à l’échelle continentale du fait de la concomitance des situations météorologiques. Le recours à des moyens d’effacement pilotables permet donc d’augmenter la capacité du réseau à accueillir des énergies renouvelables à peu de frais et peu de risque.

(…) A suivre la seconde partie de la table ronde

Datacenter et environnement, une priorité sans concession

Transition énergétique – L’environnement est une priorité pour le datacenter, avec Eric Arbaretaz, co-fondateur et CTO chez Thésée Datacenter.