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La vérité sur la consommation énergétique des datacenters

Par Datacenter en Transition

Des rapports alarmants sont publiés régulièrement qui dénoncent la surconsommation énergétique des datacenters et leur empreinte carbone qui ne cesse d’augmenter. La plupart s’appuient sur un rapport publié par The Independent en 2016. Celui-ci affirmait que de « pratiquement rien il y a 10 ans », les datacenters allaient consommer en 2016 environ 3% de l’approvisionnement mondial en électricité et représenteraient environ 2% du total des gaz à effet de serre. Et de faire le parallèle avec l’empreinte carbone de l’industrie aérienne, également estimée à 2%. 

Prenant en compte l’explosion exponentielle du volume des données que nous produisons et stockons, ce même rapport a prédit que la quantité totale d’énergie consommée par les datacenters triplera au cours des 10 prochaines années… Une vision prospective qui représente une voie royale pour les opposants aux datacenters et à la transformation numérique.

Un erreur d’extrapolation

Le problème avec ce type d’étude, c’est qu’elle ne sont qu’un cliché rarement exact d’un marché sur lequel nous manquons d’informations, et surtout que les projections reposent sur une équation simpliste qui n’intègre ni l’évolution technologique ni la transformation des modèles de production. Les projections sont pour la plupart fausses, mais elles satisfont les défenseurs de l’environnement qui souvent sont de bonne foi mais sont mal informés.

Une étude plus récente, “Recalibrating global data center energy-use estimates”, pilotée par Eric Masanet, de la Northwestern University, et publiée dans Science le 28 février 2020, révèle qu’en 2018 :

  • Les datacenters ont consommé 205 térawatts-heures ;
  • Soit environ 1% de toute l’électricité consommée cette année-là dans le monde (le même chiffre qu’en 2010) ;
  • En 10 ans (2010/2020), les datacenters ont été 550% plus actifs ;
  • Mais leur consommation d’énergie n’a crû que de 6% ;
  • Et l’activité des datacenters à l’échelle mondiale devrait doubler d’ici 3 à 4 ans.

Du DC privé à l’hyperscale vertueux

Avec le cloud, la consommation des infrastructures informatiques évolue. Les serveurs, le stockage et les équipements réseaux ont à eux seuls consommé 130 térawatts-heures d’énergie en 2018, contre 92 TWh en 2010. Le calcul demeure donc le premier centre de consommation énergétique du datacenter. Par contre, la puissance de calcul pour chaque 1Wh utilisé ne cesse d’augmenter. 

Cela permet de pointer les datacenters vieillissants exploités par les entreprises traditionnelles, dont l’inefficacité énergétique est reconnue. Ils font face à l’optimisation en continu des datacenters hyperscales déployés par les géants du Web. En 2018, 89% des instances de calcul étaient hébergées dans des datacenters cloud, à la fois hyperscale et plus petites installations dédiées au cloud computing. Cette migration explique en partie pourquoi la consommation énergétique des datacenters n’augmente pas au rythme de la création de données. Car les équipements des acteurs de l’hébergement dans le Cloud profitent de l’évolution en continu des équipementiers et de leurs recherches dans la maîtrise de la consommation énergétique.

C’est toute une profession qui s’est engagée dans la croisade de l’efficience des datacenters et de la réduction de la facture carbone. Encore faut-il qu’elle avance en ordre serré et que toutes les organisations, même celles qui exploitent des datacenters anciens, en profitent.

Secours électriques en Datacenter et Effacement (part 2)

Source : Datacenter en Transition

Suite de la table ronde Datacenter en Transition.

Table ronde Datacenter en Transition seconde partie, avec José Guignard (GRDF), Jérôme Nicolle (Ceriz), Laurent Orvoën (Eneria), animée par Eric Arbaretaz (Thésée Datacenter) pilote du Think Tank.

Eric Arbaretaz : Effectivement, j’ai souvenir que de nombreux acteurs se sont rapprochés ces dernières années des hébergeurs en région parisienne. Et il semble que le problème essentiel est un manque d’intérêt économique. Quels sont les ordres de valeurs dont nous parlons ?

Jérôme Nicolle : Les groupes électrogènes sont installés à des fins de sécurisation et n’ont pas stricto-sensu de rôle productif dans l’immobilisation capitalistique qu’ils requièrent. Leur entretien est un poste de charge lourd. Leur valorisation au profit du réseau de distribution d’électricité permettrait de rentabiliser les installations.

Laurent Orvoën : Le principe de l’effacement est pratiqué depuis de nombreuses années en utilisant les groupes électrogènes que nous entretenons chez certains industriels, tout d’abord avec l’EJP (Effacement Jours de Pointe) et aujourd’hui avec le mécanisme de l’effacement. Cette pratique a connu un très grand succès du fait de tarifs attractifs et du nombre de jours d’appel annuel connu (22 jours par an) avec un délai de prévenance de quelques heures. Les installations étaient alors rentabilisées.

Mais la situation est différente aujourd’hui. Le nouveau mécanisme de l’effacement impose un délai de prévenance de quelques minutes et un tarif suivant appel d’offres à coût marginal. De nombreux acteurs se positionnent et RTE commence toujours par appeler les acteurs qui proposent le prix le plus bas et monte ensuite les prix d’appel en fonction de ses besoins. Les rémunérations sont donc très basses. Rentabiliser les installations est donc difficile sachant qu’elles doivent être modifiées pour répondre aux contraintes de production de la nouvelle rubrique 2910.

José Guignard : Le gaz répond aux objectifs d’une production d’énergie renouvelable et décentralisée croissante et continue :

  • Effacement (cogénération / trigénération à partir de moteur à gaz, turbine à gaz, pile à combustible) : électro-intensif (datacenter, Grand Paris, IGH, Hôpitaux, etc.)
  • Systèmes hybrides (mix énergétique) : échelle du site
  • Mix énergétique territorial : tous les réseaux énergétiques interconnectés
  • Pic de consommation et résilience (groupe électrogène gaz naturel)
Source RTE 2018

La cogénération permet de compenser partiellement la baisse progressive de la production d’électricité par charbon et fioul : le gaz est la seule énergie qui a progressé entre 2017 et 2018.

Il est important de noter que de nombreux sites sensibles comme les hôpitaux et les aéroports sont équipés de groupes de cogénération.
Eric Arbaretaz : Mais est-ce qu’il y a également des contraintes techniques ?
Jérôme Nicolle : La réglementation ICPE de ces installations interdit actuellement leur fonctionnement hors du stricte cadre de secours d’une alimentation principale car de nombreuses contraintes s’imposent aux groupes dits de production.

Laurent Orvoën : Un groupe électrogène qui peut fonctionner en effacement est assimilé à un groupe de production et donc soumis à de nombreuses obligations environnementales très contraignantes, en particulier concernant les émissions. Les groupes électrogènes de secours qui fonctionnent moins de 500 heures par an ne sont pas soumis à ces contraintes, sauf si les autorités locales ou les exploitants de datacenters le requièrent. Les constructeurs de groupes électrogènes proposent des solutions de traitement de fumées en pré ou post combustion qui filtrent les particules et NOx.

Une autre alternative est le dual fuel. Des groupes électrogènes diesel pouvant fonctionner avec jusqu’à 70% de gaz. Ce type de groupe peut être utilisé en secours avec un temps de démarrage au diesel très court puis en régime établi de fonctionner au gaz avec des émissions réduites.

Jérôme Nicolle : Si l’on veut augmenter les capacités de production EnR, alors on doit utiliser toute forme de micro-production ou d’effacement sans dogmatisme sur leurs technologies, car l’augmentation de leur emploi permettra de réduire considérablement leurs inconvénients. Cette stratégie offre d’autres intérêts significatifs : les groupes électrogènes sont un débouché naturel pour les productions de carburants renouvelables, car les installations thermiques fixes sont bien plus tolérantes que les moteurs de véhicules.

Pour encourager l’utilisation de ces infrastructures, il faudrait lever la restriction de durée de fonctionnement et de la finalité de secours des installations disposant d’équipements de dépollution répondant à des normes progressivement accrues, et créer une classe d’offre d’approvisionnement d’énergie de réseau à coût réduit mais requérant une capacité d’effacement pilotée.

Laurent Orvoën : L’autre contrainte est liée à l’autonomie de carburant. Les datacenters sont équipés de cuves à fioul calculées pour des autonomies importantes en cas de coupure de courant en lien avec les conditions de réapprovisionnement. L’effacement implique d’augmenter ces capacités si les exploitants des datacenters veulent conserver les autonomies initiales.

José Guignard : Si on parle de production de substitution, il existe plusieurs solutions, comme la trigénération gaz qui est aujourd’hui une des solutions matures dans l’industrie des datacenters et offre moins de contraintes techniques. Elle présente également moins de contraintes réglementaires ICPE et permet de réduire la consommation d’énergie primaire de 30%. Sur ce dernier point, la cogénération gaz est dimensionnée pour répondre aux besoins électriques IT uniquement ; la chaleur est ensuite transformée en froid pour répondre aux besoins du site.

Laurent Orvoën : La trigénération gaz est effectivement une alternative à l’utilisation de l’énergie électrique du réseau en substituant le gaz à l’électron. La centrale de trigénération alimentée en gaz permet alors de produire l’électricité pour le datacenter et de la chaleur transformée en froid. C’est une technologie éprouvée et les émissions peuvent être maîtrisées avec des catalyseurs et des systèmes d’injection d’urée.

Eric Arbaretaz : Je comprends très bien le principe du BioGaz dont l’impact carbone est nul. Mais est-ce qu’il est possible de capturer le carbone issu de sa combustion ?

José Guignard : Les dispositifs de séquestration carbone existent et sont en cours de développement. Plusieurs solutions semblent prometteuses. Le captage CO2 permettrait notamment la mise en place de systèmes de quadri génération.

Laurent Orvoën : La récupération du CO2 des centrales de cogénération est utilisée actuellement dans les serres maraîchères pour améliorer la photosynthèse des plantes. Nous sommes loin des datacenter installés en zone urbaine, mais ce sont des voies de réflexion pour l’insertion et l’acceptation des datacenters.

Eric Arbaretaz : Que pensez-vous de l’hydrogène comme énergie d’alimentation des datacenters ?

José Guignard : C’est une des solutions avec le gaz renouvelable pour décarboner notre réseau : un rapport de fin 2019 confirme le rôle des réseaux gaziers, des sites de stockage et des terminaux méthaniers dans le déploiement de l’hydrogène en France et l’atteinte de la neutralité carbone en 2050.

Les opérateurs confirment qu’il est possible d’intégrer un volume significatif d’hydrogène dans le mix gazier d’ici 2025, avec des coûts limités d’adaptation des infrastructures. Ces dernières pourront ainsi accueillir l’hydrogène décarboné et renouvelable, que ce soit via la récupération d’hydrogène coproduit dans l’industrie, celui issu de la pyrogazéification de déchets ou biomasse, du reformage de gaz avec stockage du carbone, ou bien encore du Power to Gas.

Laurent Orvoen : Nous pensons que c’est une solution d’avenir. Eneria se positionne actuellement sur cette technologie pour des applications groupes électrogènes, mais aussi motorisations terrestres et maritimes. Les solutions hybrides solaires sont aussi des actes de recherche et développement.

Eric Arbaretaz : Comment souhaitez-vous conclure cette table ronde ?

Jérôme Nicolle : Le parc d’installations de génération d’électricité d’appoint en France métropolitaine est d’au moins 3GW. Alors que ces installations sont aujourd’hui sous-employées, elles constituent un potentiel important pour accompagner le déploiement des nouvelles énergies renouvelables.

Les autorités devraient prendre plusieurs mesures pour accompagner cette transition énergétique :

  • Levée de la restriction de durée de fonctionnement et de la finalité de secours des installations disposant d’équipements de dépollution répondant à des normes progressivement accrues.
  • Création d’une classe d’offre d’approvisionnement d’énergie de réseau à coût réduit mais requérant une capacité d’effacement pilotée.
  • Financement de la recherche portant sur les systèmes CCS et de lavage de fumées, voire subventionnement de ces installations.

José Guignard : La transition énergétique ne pourra pas se faire sans le gaz renouvelable : or, le gaz naturel d’aujourd’hui sera du gaz renouvelable demain. Le mix énergétique est la clé de la réussite, car il permet d’allier les avantages des différentes énergies sans les opposer.

Laurent Orvoën : Nous devons sans cesse innover et être ouverts à l’innovation. L’avenir sera certainement des solutions d’énergies décarbonées partiellement ou totalement. Nous y travaillons. Pour l’instant les solutions « classiques » demeurent les plus fiables. Nous les améliorons sans cesse pour réduire leur impact environnemental.

Secours électriques en Datacenter et Effacement (part 1)

Source : Datacenter en Transition

L’alimentation électrique des Data Centers, le secours électrique, l’effacement, les alternatives aux solutions actuelles (tri-génération, solaire, hydrogène…).

Table ronde Datacenter en Transition, avec José Guignard (GRDF), Jérôme Nicolle (Ceriz), Laurent Orvoën (Eneria), animée par Eric Arbaretaz (Thésée Datacenter) pilote du Think Tank.

Eric Arbaretaz : Parlez-nous des moyens de secours électriques dont disposent les datacenters.

Jérôme Nicolle : Comme de nombreux sites industriels et plus encore sans doute, les datacenters doivent assurer une totale disponibilité de leur alimentation électrique. Ces sites sont dotés de groupes électrogènes, majoritairement à moteurs diesel, ainsi que d’onduleurs et batteries afin d’assurer une bascule sans interruption entre le réseau électrique et les groupes de secours.

Laurent Orvoën : La classification Tier des datacenters impose à leurs exploitants des équipements de secours électriques redondants pour avoir une disponibilité proche des 100% de l’alimentation électrique.
De nombreux équipements sont doublés afin d’assurer la continuité du service en cas de défaillance d’un des éléments. Des systèmes d’alimentation électrique importants sont aussi nécessaires pour palier à d’éventuelles coupures électriques.

Ainsi plusieurs systèmes se relaient en cas de coupure, dans cet ordre :

  • des onduleurs et des batteries ;
  • après quelques secondes, des groupes électrogènes prennent le relais ;
  • en cas de défaillance des groupes électrogènes, une ligne électrique de secours permet d’assurer l’alimentation du datacenter.

Le secours électrique des datacenters est un sujet très sensible pour les exploitants et leurs clients qui exigent des disponibilités absolues de leur process (les serveurs). Les exploitants consacrent des moyens financiers importants, autant en investissement qu’en exploitation. L’ensemble des exploitants apportent ainsi beaucoup de soin dans l’entretien de leurs moyens de secours, avec des budgets maintenance conséquents et des moyens importants mis en œuvre pour les essais périodiques.

José Guignard : En France, les datacenters sont majoritairement directement raccordés au réseau électrique, qui lui-même est alimenté par des installations centralisées. Les datacenters exigent en complément une disponibilité de l’approvisionnement électrique proche de 100%. Cela leur impose des investissements en back up très coûteux pour éviter le risque de rupture de l’alimentation électrique au réseau, même si celle-ci est redondée. Il n’en demeure pas moins que le réseau électrique a déjà atteint ses limites en termes de capacité dans certaines régions ; par ailleurs, le projet du Grand Paris va générer une hausse de la demande en électricité de 4 000 MW, intégrant les datacenters. Or, la région IDF importe aujourd’hui environ 90% de son électricité !

Dans un tel contexte, auquel s’ajoute celui de la transition énergétique, plusieurs facteurs invitent à repenser le datacenter : augmentation de la consommation énergétique, augmentation du coût de l’électricité, complexification croissante de la gestion du réseau électrique avec l’émergence des EnR, dépendance au tout-électrique, appropriation de la question énergétique en local, apparition de mécanismes de régulation du réseau (effacement, marché de capacité…), sur-réservation électrique, concurrence d’usages dans les territoires, acceptabilité sociétale, durcissement des réglementations environnementales, impacts du COVID-19 sur la production et le réseau électriques. Au regard de tout cela, nous constatons que le réseau de gaz et les productions décentralisées d’électricité à partir du gaz répondent déjà partiellement à l’appoint, au secours et à l’effacement d’usage électro-intensif par le biais de la cogénération/trigénération.

Eric Arbaretaz : Quelles seront les tendances dans les prochaines années ?

Jérôme Nicolle : Le raccordement d’un nombre croissant de moyens de production d’électricité de sources renouvelables non pilotables (photovoltaïque et éolien) pourrait poser un problème de stabilité du réseau électrique (transport et distribution) national. L’utilisation de moyens de production ou d’effacement pilotables à maille fine (minutes voire secondes), qui plus est déjà installés et disponibles, permettrait de soulager le réseau sans besoin significatif d’investissements.

Laurent Orvoën : L’utilisation des moyens de secours installés au sein des datacenters pour d’autres applications que le secours pur, dont l’effacement, peut effectivement être évoquée. Cette solution est utilisée dans le secteur industriel et les installations doivent préalablement être adaptées suivant la rubrique 2910, en particulier concernant les émissions. Nous intervenons en maintenance sur ces équipements. Cependant, les exploitants de datacenters ne nous semblent pas prêts à ce jour à modifier la gestion de leurs sites soumis à des contraintes très importantes de disponibilité pour un soutien au réseau électrique.

José Guignard : Le taux de disponibilité est très sensible à la qualité de l’approvisionnement énergétique et aux politiques associées (par exemple, la fermeture de Fessenheim, les multiples tranches nucléaires vieillissantes, le manque de production dans les périodes hivernales, les importations, les effacements au réseau électrique, la mise en fonctionnement des cycles combinés gaz et le développement des EnR solaires et éoliennes qui n’offrent pas l’équilibre et la flexibilité attendus).

Pour autant, la puissance de secours réservée par les datacenters mobilise intensément le réseau électrique, alors même que la ligne d’ultime secours n’est utilisée qu’en dernier recours, c’est-à-dire presque jamais.

La cascade d’équipements et processus de secours engendre un surcoût important tout en ne sécurisant que partiellement la chaîne de criticité. Dans ce modèle actuel, électro-dépendant, l’exploitant de datacenter n’a aucune prise sur une stratégie de réduction et valorisation de son approvisionnement énergétique, il se voit d’ailleurs imposé des politiques (effacement réseau par exemple) qui résultent de contraintes externes et qui sont préjudiciables à la qualité de service qu’il garantit à ses clients (taux de disponibilité). Le couplage du datacenter avec une unité autonome de production raccordée au réseau de gaz en plus du réseau électrique permettrait d’optimiser et de valoriser toute la chaîne de valeur énergétique, et d’assurer des arbitrages pour une autonomie et une indépendance plus forte à l’effacement.

Laurent Orvoën : Il faut noter que le réseau électrique français est extrêmement résilient et c’est même un facteur attractif pour l’installation de datacenters en France, tout comme le faible coût de l’électricité. L’intermittence des EnR est un sujet dans certains pays et elle pourrait le devenir en France, reste à voir à quelle échéance. Tant que nous disposerons d’une base nucléaire répondant à plus de 50% des besoins de consommation maxi (on est au moins à 70% aujourd’hui), il n’y a à priori aucun risque de voir le réseau français s’écrouler. Le réseau français est bien interconnecté contrairement à d’autres pays parfois plus en « antenne » donc avec des bouts de ligne à soutenir.

Jérôme Nicolle : Effectivement, cela dépend de la politique énergétique menée par la France. Celle-ci semble favoriser, par subventionnement élevé, le déploiement de parcs de production éoliens au détriment de capacités décarbonées déjà installées. Si on compare à l’effet de cette politique dans les pays voisins, l’intermittence ainsi provoquée ne pourrait sans doute pas s’équilibrer à l’échelle nationale et peu à l’échelle continentale du fait de la concomitance des situations météorologiques. Le recours à des moyens d’effacement pilotables permet donc d’augmenter la capacité du réseau à accueillir des énergies renouvelables à peu de frais et peu de risque.

(…) A suivre la seconde partie de la table ronde

L’IA au service du datacenter – Table ronde Datacenter en Transition

Table ronde l’Intelligence Artificielle (IA) dans le Datacenter par le think tank Datacenter en Transition.

Avec Alberto Carpita, Business Development de Siemens Smart Infrastructure, et sponsor de l’événement ; Kevin Polizzi, DG B2B et fondateur de Jaguar Networks ; Alain Huchon, Chef de projet chez SPIE-ICS ; Eric Arbaretaz, co-fondateur et directeur technique de Thésée Datacenter ; animée par Philippe Luce, animateur du think tank Datacenter en Transition.

Economie circulaire dans le datacenter : le rapport ‘Situational Analysis’ du Projet CEDaCI

La société française WeLOOP a dirigé le groupe de travail T1 – Etat de l’art et création de réseaux – du Projet CEDaCI européen. Ce groupe de travail visait à évaluer la situation actuelle et les progrès actuels et potentiels de l’industrie des datacenters (DCI) vers une économie circulaire.

Le rapport « Situational Analysis » contient l’état de l’art et l’évaluation des parties prenantes dans le secteur du datacenter (DC), les pratiques actuelles et les tendances émergentes. Il contient également des informations sur la caractérisation chimique de DC, fournissant la composition des matériaux présents dans les équipement réseaux (en particulier les serveurs et les switches).

Tout d’abord, l’état de l’art présente les parties prenantes du secteur DC, les pratiques actuelles, les tendances et les défis de la DCI pour atteindre une plus grande circularité. En outre, les serveurs et les switches ont été démontés et caractérisés chimiquement (y compris les cartes de circuits imprimés (PCB)). Une analyse du cycle de vie (ACV) screening, comprenant toutes les étapes du cycle de vie à l’exception de la phase d’utilisation, a été effectuée afin d’identifier les aspects environnementaux significatifs (hotspots). De plus, une évaluation économique a été réalisée sur la rentabilité du processus de démantèlement complet. Ceci afin d’évaluer la faisabilité de l’introduction d’un nouvel acteur en charge de la chaîne de flux de déchets liée au démantèlement et de la distribution, pour atteindre des taux de récupération plus élevés.

Ce rapport illustre le besoin urgent d’atteindre une meilleure efficacité de gestion des ressources en terme de matériaux dans la DCI pour assurer une chaîne d’approvisionnement sécurisée de certains de ces matériaux, en particulier les CRM (Critical Raw Material). Les PCBs ont été identifiées comme le point chaud environnemental avec le taux de CRM le plus élevé dans les équipements DC. Ils présentent donc les avantages économiques et environnementaux les plus élevés dans le contexte de l’économie circulaire.

Pour télécharger le rapport sur le site de WeLoop, cliquer ici.

Vers une éco-conception nécessaire des services numériques
Par Emmanuelle Olivié-Paul, fondatrice de AdVaes, cabinet spécialisé dans l’analyse prospective, le positionnement, la notation et l’accompagnement de prestataires de solutions numériques en matière d’usages raisonnés et responsables (RSE/CSR, ESG…).

Les actions conduites en matière de protection de l’environnement dans le secteur du numérique doivent être positionnées non comme une contrainte mais comme un facteur d’innovation des modèles d’affaires et des usages. L’éco-conception d’applications et de services numériques fait justement parti de ces nouvelles approches à adopter.

Le secteur du numérique est challengé aujourd’hui sur ses impacts environnementaux en matière de :

  • Fabrication des équipements : intégration de métaux rares et de composants plastiques, durée de vie, recyclage… ;
  • Consommation en énergie (empreinte carbone) et en eau ainsi qu’émissions de gaz à effet de serre (GES). Le numérique serait « responsable d’environ 2% du total des émissions de GES en France » ;
  • Traitement de fin de vie : le secteur du numérique serait à l’origine de 50 millions de tonnes de DEEE (voir réglementations associées).

L’équation est complexe pour tous les acteurs de l’écosystème du numérique face à l’explosion des usages, et en conséquence des infrastructures et des services associés. A titre d’exemple, le télétravail imposé pendant la période de confinement a fait croître drastiquement les usages de solution de vidéoconférence, gourmande en bande passante et en ressources dans le cloud.

Les questions récurrentes en regard sont les suivantes :

  • Quels sont les impacts effectifs environnementaux du numérique ?
  • Comment peuvent-ils être mesurés et suivis dans le temps ?
  • A combien s’élèvent-ils ? Quel est leur poids ?
  • Qui est concerné en priorité sur toute la chaîne de l’écosystème impliqué ?
  • Quelles sont les actions qui peuvent être rapidement mises en oeuvre et quels sont les investissements à plus long terme à consentir pour changer la donne ?
  • Quelles sont les technologies qui peuvent contribuer à améliorer la situation ?

Contrairement à d’autres secteurs d’activité aux impacts environnementaux très forts, le numérique peut faire valoir des apports en regard, et tout particulièrement grâce à ses nouveaux modèles comme celui du cloud computing (cf. rapport GESI SMART 2020) :

  • Mutualisation de ressources (serveurs, réseaux, services…) ;
  • Amélioration de la consommation énergétique avec l’avènement de centre de données de nouvelle génération ;
  • Déduplication possible de données pour réduire les capacités de stockage afférentes ;
  • Traitement au plus près de certaines données avec l’edge computing ;
  • Diminution des déplacements énergivores et à forte empreinte carbone grâce au recours à des services en ligne et à la dématérialisation de certains d’entre eux ;
  • Modèle basé sur l’économie de la fonctionnalité (usage de services).

Selon APL Data Center, le numérique responsable peut se décliner selon quatre axes :

  • Green for IT : il s’agit de toutes les actions conduites afin de réduire l’impact environnemental du système d’information (choix d’architectures, de fournisseurs, de modèles opératoires…) ;
  • Green by IT : le numérique est pourvoyeur de solutions technologiques qui aident à la transition environnementale et qui peuvent en réduire les impacts négatifs ;
  • Green by use : il est impératif de sensibiliser les utilisateurs de solutions numériques de leurs impacts environnementaux et de les inciter à adopter un usage raisonné même si le sujet est complexe en termes d’analyse et de démarche à conduire ;
  • Eco-conception : les enjeux environnementaux doivent être intégrés dès la conception des solutions numériques.

L’éco-conception s’inscrit dans une démarche durable qui implique de repenser la manière dont les applications et les services numériques sont conçus. Selon l’ADEME, il s’agit d’une “démarche préventive et innovante qui permet de réduire les impacts négatifs du produit, service ou bâtiment sur l’environnement sur l’ensemble de son cycle de vie (ACV), tout en conservant ses qualités d’usage”. Dans le cadre de la transition écologique numérique, un rapport d’information du Sénat prône de rendre obligatoire l’écoconception des sites publics et des plus grands sites privés.

L’éco-conception regroupe des domaines variés qui vont :

  • De la manière dont le code est produit et consommé ensuite (meilleure utilisation du cache, élimination des requêtes multi-serveurs, focus sur les besoins essentiels en termes de design des applications, minimisation du code, utilisation de formats spécifiques au web, décorrélation du front du back avec des approches de type « headless CMS »…) ;
  • Aux ressources informatiques mobilisées (au niveau de l’équipement qui sert d’interface pour accéder au service, des serveurs qui motorisent le service et stockent les données utiles, en termes de bande passante qui permet d’accéder au service…) ;
  • Au potentiel de réutilisation (cf. micro-services) et au faible impact en termes de maintenabilité dans le temps.

S’inscrire dans une démarche d’éco-conception numérique implique de modifier les manières de coder. Elle peut aussi favoriser des démarches plus ouvertes basées sur la réutilisation de briques préconfigurées et prêtes à l’emploi afin d’éviter de remobiliser des ressources déjà consommées. Avec la mise à disposition de bibliothèques de services applicatifs accessibles via des plates-formes, le modèle du cloud va dans ce sens et est une voie à considérer parmi d’autres.

Le gaz et les datacenters – Podcasts avec Julien Moresmau et José Guignard de GRDF

Interview de Julien MORESMAU, Responsable Efficacité Energétique & Grands Projets IDF de GRDF, qui répond à nos questions : D’où vient le gaz naturel en France ? Où en est le bio-gaz ? Quelle est la place du gaz dans le mix énergétique français ? Qu’en est-il de l’impact carbone du gaz ? Quelle est la rentabilité de la production d’électricité par le Gaz ?

Interview de José GUIGNARD, Chef d’Agence Marché d’Affaires à la Direction Clients et Territoires Ile de France de GRDF, et Julien MORESMAU, Responsable Efficacité Energétique & Grands Projets IDF.

Datacenter en Transition

Le constat du fort impact environnemental des datacenters est déjà ancien, quoique longtemps mesuré à l’aune trompeuse de leur seule consommation électrique. Le vulgus pecus confond d’ailleurs le plus souvent électricité et énergie, ce qui biaise ensuite toute tentative sérieuse d’analyse macroscopique. (Nous sommes hélas tous des vulgus pecus – des individus lambda – car personne ne maîtrise à lui seul l’ensemble des connaissances scientifiques qui sont à l’origine des multiples technologies déployées dans ces infrastructures très complexes.)

Plus récemment sont apparues les préoccupations quant à l’usage de l’eau potable dans des régions déjà soumises à un stress hydrique important. Et, désormais, ce sont chacune des étapes du cycle de vie du datacenter, et des matériels et équipements qui en participent, qui doivent être analysés pour une mesure de leurs impacts environnementaux respectifs.

Les questions qui foisonnent alors sont pléthore : choix de l’énergie primaire, impact sur les réseaux énergétiques, procédés de fabrication des équipements, usage de terres rares, recyclabilité, gestion des déchets, emploi de la chaleur fatale, technologies de refroidissement, autoproduction et stockage d’énergie, écoconception matérielle et logicielle, insertion dans les territoires…

C’est en réfléchissant sur ces sujets, et en actant la nécessité d’y travailler en commun, qu’un groupe informel de professionnels de la filière s’est agrégé au fil des quelques derniers mois.

Dans l’univers du vivant, les bactéries coopèrent et échangent de l’information, et elles font en plus évoluer ces deux capacités dans le temps. Dans la filière métier encore émergente que nous partageons, cette « filière Datacenter » par trop cloisonnée en silos, par trop soumise à l’influence de quelques donneurs d’ordres – et rarement ils auront été aussi bien nommés – il est devenu indispensable de faire de même. Coopérer, échanger, évoluer.

Ce billet n’a pas d’autre ambition que de faire le constat de cette bonne volonté commune, qui est programmatique : coopérer et échanger, pour évoluer.

Le think tank « Datacenter en Transition » est né de ce besoin d’une intelligence et d’une action collectives, pour réfléchir autant au prototypage local qu’à la capacité à passer à l’échelle, pour pouvoir faire ensemble des choses que nous ne pourrions pas faire seuls, pour adresser ces défis et y répondre en intégrant leur dimension plurielle et multi-facteurs.

Les acteurs au sein du think tank partagent une volonté : apprendre à coopérer à partir des questions d’aujourd’hui, pour faire nos contributions au monde de demain. Sans nécessairement faire table rase des apports du passé, mais en s’ouvrant aux apports extérieurs d’où qu’ils puissent venir, pour recombiner nos savoirs et apporter des réponses à nos questions, et des solutions concrètes à nos problèmes. Nous démontrerons le mouvement en avançant : tous les grands voyages ont commencé par un premier pas.

Nous faisons donc ce premier pas publiquement, par la publication indépendante de ce billet initial, comme nous le ferons de nos réflexions et chantiers en cours, dont nous publierons régulièrement les étapes et moments dans ces colonnes.

Dans notre prochain billet, nous donnerons en particulier les grands axes de travail que nous avons identifiés, et qui sont d’ores et déjà nos chantiers collectifs.

Mais restons-en pour aujourd’hui aux prolégomènes, et prenons acte de la naissance de ce collectif de recherche et de travail.

La vérité sur la consommation énergétique des datacenters

Des rapports alarmants sont publiés régulièrement qui dénoncent la surconsommation énergétique des datacenters et leur empreinte carbone qui ne cesse d’augmenter. La plupart s’appuient sur un rapport publié par The Independent en 2016. Celui-ci affirmait que de « pratiquement rien il y a 10 ans », les datacenters allaient consommer en 2016 environ 3% de l’approvisionnement mondial en électricité et représenteraient environ 2% du total des gaz à effet de serre. Et de faire le parallèle avec l’empreinte carbone de l’industrie aérienne, également estimée à 2%. 

Prenant en compte l’explosion exponentielle du volume des données que nous produisons et stockons, ce même rapport a prédit que la quantité totale d’énergie consommée par les datacenters triplera au cours des 10 prochaines années… Une vision prospective qui représente une voie royale pour les opposants aux datacenters et à la transformation numérique.

Un erreur d’extrapolation

Le problème avec ce type d’étude, c’est qu’elle ne sont qu’un cliché rarement exact d’un marché sur lequel nous manquons d’informations, et surtout que les projections reposent sur une équation simpliste qui n’intègre ni l’évolution technologique ni la transformation des modèles de production. Les projections sont pour la plupart fausses, mais elles satisfont les défenseurs de l’environnement qui souvent sont de bonne foi mais sont mal informés.

Une étude plus récente, “Recalibrating global data center energy-use estimates”, pilotée par Eric Masanet, de la Northwestern University, et publiée dans Science le 28 février 2020, révèle qu’en 2018 :

  • Les datacenters ont consommé 205 térawatts-heures ;
  • Soit environ 1% de toute l’électricité consommée cette année-là dans le monde (le même chiffre qu’en 2010) ;
  • En 10 ans (2010/2020), les datacenters ont été 550% plus actifs ;
  • Mais leur consommation d’énergie n’a crû que de 6% ;
  • Et l’activité des datacenters à l’échelle mondiale devrait doubler d’ici 3 à 4 ans.

Du DC privé à l’hyperscale vertueux

Avec le cloud, la consommation des infrastructures informatiques évolue. Les serveurs, le stockage et les équipements réseaux ont à eux seuls consommé 130 térawatts-heures d’énergie en 2018, contre 92 TWh en 2010. Le calcul demeure donc le premier centre de consommation énergétique du datacenter. Par contre, la puissance de calcul pour chaque 1Wh utilisé ne cesse d’augmenter. 

Cela permet de pointer les datacenters vieillissants exploités par les entreprises traditionnelles, dont l’inefficacité énergétique est reconnue. Ils font face à l’optimisation en continu des datacenters hyperscales déployés par les géants du Web. En 2018, 89% des instances de calcul étaient hébergées dans des datacenters cloud, à la fois hyperscale et plus petites installations dédiées au cloud computing. Cette migration explique en partie pourquoi la consommation énergétique des datacenters n’augmente pas au rythme de la création de données. Car les équipements des acteurs de l’hébergement dans le Cloud profitent de l’évolution en continu des équipementiers et de leurs recherches dans la maîtrise de la consommation énergétique.

C’est toute une profession qui s’est engagée dans la croisade de l’efficience des datacenters et de la réduction de la facture carbone. Encore faut-il qu’elle avance en ordre serré et que toutes les organisations, même celles qui exploitent des datacenters anciens, en profitent.

Améliorer l’efficacité du process de refroidissement des DataCenter
Datacenter en Transition
Une expertise de ABB

Les variateurs de fréquences (VFD) en DataCenter offrent de nombreux avantages

Les DataCenter utilisent aujourd’hui environ 2 % de la production énergétique mondiale et leur demande en énergie devrait être multipliée par huit pour atteindre les 3 200 Térawattheures (TWh) d’ici 2030. En moyenne, 40 % de cette énergie est utilisée par les systèmes de refroidissement pour assurer le fonctionnement de l’installation 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C’est pourquoi on n’a jamais autant mis l’accent sur l’amélioration de l’efficacité énergétique des DataCenter grâce à l’augmentation de rendement des ventilateurs, des pompes et des compresseurs qui constituent le cœur des systèmes de refroidissement des DataCenter.

Les variateurs de fréquence (VFD) contrôlent la vitesse des moteurs électriques utilisés dans les applications de ventilation afin qu’ils utilisent la quantité d’énergie nécessaire pour produire le flux d’air à un moment donné. Ils offrent donc non seulement une efficacité énergétique accrue, mais aussi la fiabilité, la disponibilité, l’opérabilité, la sécurité, la facilité d’entretien, l’évolutivité et la durabilité.

Efficacité du système à charge partielle

Les systèmes de refroidissement des DataCenter sont dimensionnés pour gérer les pics de charge dans les conditions les plus défavorables, comme la chaleur de l’été ou la défaillance d’un composant. Mais, dans la plupart des cas, ils ne fonctionnent pas à leur charge nominale. Pendant une grande partie de leur vie, ils fonctionnent à charge partielle. Le défi consiste à faire en sorte que le système de refroidissement puisse s’adapter au profil de charge variable du DataCenter afin de maintenir une efficacité élevée du système, même à charges partielles.

Il existe de nombreuses options en ce qui concerne les moteurs et les solutions de contrôle de vitesse pour les ventilateurs, les pompes et les compresseurs. Lorsqu’on examine leur efficacité, il est important de considérer l’effet total des performances électriques et mécaniques. Un moteur à haut rendement fonctionnant en combinaison avec un variateur peut offrir un rendement global supérieur.

Qualité de l’alimentation électrique

La fiabilité est essentielle pour les DataCenter, et leurs systèmes de refroidissement jouent un rôle vital pour garantir que l’installation est toujours opérationnelle. Les harmoniques dans le réseau électrique sont l’un des principaux facteurs qui influent sur la fiabilité.

Bien que les variateurs de fréquence contribuent de manière très significative à l’efficacité énergétique, ils provoquent, avec d’autres charges non linéaires (comme les onduleurs et les systèmes de stockage sur batterie), une distorsion de la forme des ondes de courant et de tension, ce qui augmente les harmoniques, polluant l’alimentation électrique. Les courants harmoniques génèrent des pertes et donc une dissipation de chaleur supplémentaire. Cela peut augmenter le risque de dysfonctionnements et des pannes d’équipement provoquant des temps d’arrêts des installations.

Les courants harmoniques doivent être réduits au minimum et, du point de vue du système, il est bien sûr possible de surdimensionner les câbles, les fusibles et l’appareillage de protection. Mais s’il n’y a pas d’atténuation, comme c’est le cas pour certains ventilateurs EC (Ventilateurs à commutation électronique – EC Fans), le besoin de surdimensionner peut donc aller jusqu’à 30 %.

En plus des coûts liés à la réduction de la durée de vie des équipements, aux problèmes de processus et à la maintenance constante des dispositifs défectueux, les coûts d’exploitation peuvent encore être augmentés par les pénalités imposées par les fournisseurs d’énergies pour le rejet des harmoniques sur le réseau d’alimentation public.

La solution consiste à utiliser des variateurs à très faible taux d’harmoniques (ULH Ultra Low Harmonics) conçus spécifiquement pour les applications CVC car ils peuvent maintenir un très faible taux d’harmoniques, même à charges partielles, directement à la source. Avec une analyse correcte du système, l’ajout de variateurs de fréquence ULH, aux pompes, aux ventilateurs et au groupe froid peut éliminer le besoin de solutions d’atténuation des harmoniques externes coûteux pour l’ensemble du système.

Il est également nécessaire de prendre en compte le type de charge sur le réseau, car il affecte le facteur de puissance – une mesure de l’efficacité avec laquelle les équipements utilisent l’électricité. Les serveurs de données sont des charges capacitives. Les équipements de refroidissement ont des charges inductives importantes. Les deux types de charges sont des sources de puissance réactives qui ont un impact sur le facteur de puissance et, là encore, provoquent des pertes d’énergie ainsi qu’un fonctionnement instable des équipements du système électrique, notamment les onduleurs et les générateurs.

Pour une utilisation efficace de l’électricité et la fiabilité du réseau électrique, le facteur de puissance du DataCenter doit être proche ou égal à l’unité (1).

L’utilisation de variateur ULH permet de garantir un facteur de puissance à 1 quel que soit la charge sans ajout d’équipement externe supplémentaire.

Les derniers éléments de la qualité de l’alimentation électrique sont les interférences radioélectriques ou perturbations électromagnétiques (RFI). Les DataCenter utilisent une grande quantité d’équipements à vitesse variable pour économiser l’énergie. Dans le même temps, tous les équipements à vitesse variable génèrent du bruit électromagnétique, à la fois rayonné et conduit dans les câbles, qui est transmis dans tout le DataCenter et dans les bâtiments voisins. Ces émissions peuvent également affecter la sécurité et les performances des équipements informatiques des DataCenter. Tout équipement à vitesse variable doit être conforme à la norme CEM pour les systèmes d’entraînement de puissance EN61800-3.

La négligence dans le respect des normes CEM peut entraîner de graves problèmes. Non seulement il sera nécessaire d’installer des filtres externes à un coût supplémentaire par la suite, mais aussi la réduction du bruit haute fréquence une fois l’installation terminée peut être une tâche presque impossible. En effet, les câbles peuvent contenir des bruits hautes fréquences qui rayonnent également. Si, par exemple, les câbles d’alimentation et moteurs sont installés dans le même chemin de câbles, les filtres RFI sont inefficaces, et la seule solution consiste à déplacer l’un des deux câbles vers un chemin séparé, ce qui représente un coût substantiel.

Fonctionnement et facilité d’utilisation

Il existe plusieurs approches pour le contrôle de la vitesse des moteurs des ventilateurs dans les DataCenter. Une approche consiste à utiliser des ventilateurs EC – une solution de contrôle de la vitesse packagée avec un moteur et un ventilateur. S’ils sont installés dans un réseau de ventilateurs, ils offrent une redondance si l’un des moteurs tombe en panne. Mais ces équipements sont généralement commandés par bus de terrain, et l’inconvénient est qu’il n’y a pas de mode “manuel”, donc le ventilateur est hors service si la connexion avec le système de contrôle commande est perdue. Il n’est pas non plus possible d’utiliser un by-pass.

L’alternative est d’utiliser plusieurs moteurs à courant alternatif, chacun étant contrôlé par son propre VFD. Il permet de contrôler individuellement les ventilateurs dans une application de réseau de ventilateurs ou de les contrôler via un bus de terrain. La connectivité BACnet peut fournir une interface facile à utiliser. Les modes “Hand” et “Auto” permettent de contrôler le ventilateur même si le système de contrôle est défaillant. Il y a également une redondance de sorte que, si une ou plusieurs unités tombent en panne, les autres continueront à fonctionner avec une vitesse accrue.

Dans le cas des réseaux de ventilateurs en particulier, il est important d’envisager ce qui se passe en cas de défaillance du moteur ou de l’entraînement. Pour un ventilateur EC ou un ventilateur avec moteur intégré, il est souvent nécessaire de remplacer l’unité complète. Cela est coûteux, peut impliquer un long délai d’exécution et a un impact sur la durabilité puisque l’unité est mise au rebut. En cas de panne d’un moteur avec variateur intégré, les composants peuvent généralement être remplacés individuellement. Toutefois, les pièces de rechange pour les moteurs et les variateurs sont souvent confiées à un fournisseur de pièces détachées, ce qui entraîne de longs délais et des coûts plus élevés pour les remplacer.

Le choix optimal pour une meilleure facilité d’entretien est de spécifier des moteurs, des variateurs et des ventilateurs autonomes, car dans la plupart des cas, chaque composant peut être remplacé le jour même. Cela a également un impact positif sur la durabilité car seul le composant défectueux est remplacé

Disponibilité du système de refroidissement

Les fonctionnalités intégrées dans les variateurs de fréquence conçus spécifiquement pour les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation peuvent contribuer de manière significative à l’augmentation de la disponibilité de l’ensemble du système de refroidissement et de ventilation. Par exemple, le démarrage en douceur du moteur élimine les contraintes mécaniques sur le système de tuyauterie ainsi que sur les applications telles que les pompes, les compresseurs ou les ventilateurs. Les fonctionnalités supplémentaires peuvent être l’indication de la défaillance d’un roulement par la surveillance du couple ; la surveillance de la pression dans une canalisations afin de détecter d’éventuelles fuites ; le mode incendie (Override) pour aider le système d’extinction des incendies à réagir correctement et à protéger les équipements ainsi que les personnes en cas d’incendie.

Évolutivité

La seule chose sûre est que la densité des serveurs des DataCenter va continuer à augmenter. Cela signifie que les charges thermiques vont également augmenter. C’est là que les variateurs de fréquence développés spécifiquement pour les applications CVC offrent un avantage important, car ils sont conçus avec une flexibilité et une évolutivité intégrée.

Plus d’informations : https://new.abb.com/data-centers/fr/

L’impact de la société numérique sur le marché des Data Centers
Datacenter en Transition

L’avènement de la société numérique est exponentiel et nous entraîne vers la 5G, quel va être son impact sur le marché des Data Centers ?

Par José GUIGNARD, Chef d'Agence Marché d'Affaires, Direction Clients et Territoires Ile de France, GRDF.

GRDF, principal gestionnaire de réseau de distribution de gaz naturel en France, s’est engagé dans la transition énergétique en promouvant tous les sujets liés à l’innovation, au digital et au numérique, qui sont amenés à prendre une place de plus en plus importante dans nos activités.

Le digital offre des opportunités d’optimisation importantes avec l’apparition de nouveaux canaux de communication, ou encore l’enrichissement de l’expérience client avec le lancement de nouveaux services en ligne qui simplifient les démarches de nos clients (services d’auto-relève, gestion en ligne des données de concession…). C’est aussi à cette fin que les compteurs communicants gaz sont déployés pour permettre aux clients de disposer d’informations qui vont leur permettre de mieux suivre et gérer leurs consommations de gaz naturel au quotidien.

Le numérique constitue un fabuleux potentiel de croissance mais soulève également des contraintes énergétiques très fortes avec le développement des datacenters qui ont un besoin colossal en énergie. Le cloud sera centralisé dans des « méga datacenters » qui seront probablement complémentaires avec des datacenters modulaires locaux.

Aujourd’hui, il y a un consensus pour dire qu’un équipement 5G consomme 3 fois plus qu’un équipement 4G, et qu’ajouter des équipements 5G aux sites existants (2G, 3G, 4G) conduira à doubler la consommation du site. Par ailleurs, avec la 5G, il faudra 3 fois plus de sites qu’avec la 4G pour assurer la même ouverture, conformément aux souhaits du gouvernement. Au final, avec ce déploiement, la consommation d’énergie des opérateurs mobiles serait multipliée par 2,5 à 3 dans les 5 ans à venir, ce qui est cohérent avec le constat des opérateurs chinois ayant déployé 80.000 sites 5G depuis un an.

Cet impact n’a rien d’anecdotique puisqu’il représenterait environ 10 TWh supplémentaires, soit une augmentation de 2% de la consommation d’électricité du pays.

Notre réseau de gaz naturel est en capacité de répondre à ces défis en proposant de l’énergie d’origine renouvelable pour accompagner la croissance du numérique, notamment avec la filière de méthanisation en France qui est en plein essor. Avec la trigénération gaz, une solution énergétique innovante, les datacenters vont pouvoir bénéficier d’un gain en énergie primaire de 20 à 30% par rapport à une solution classique tout électrique.

Qu’en sera-t-il dans votre domaine d’activité ?

Suivant une évolution exponentielle des objets connectés et du développement de la 5G, une augmentation conséquente du nombre de datacenters est à prévoir. Pour y faire face, nous proposons aux hébergeurs de recourir à une solution de trigénération gaz naturel qui permet de produire simultanément de l’électricité, du froid et de la chaleur pour l’ensemble des besoins du datacenter. Cette solution d’avenir permet une meilleure intégration du site industriel dans son écosystème en y interconnectant tous les réseaux énergétiques : gaz naturel, électrique, réseau de chauffage urbain, réseau de froid urbain. Cette approche « smart grid » optimise les flux grâce à la complémentarité des énergies pour constituer les bases de la « smart city ».

En Ile-de-France, les différents impacts à l’horizon 2030 des projets d’aménagement portés par le nouveau Grand Paris sur la consommation d’énergie se traduiront par un accroissement de 4 000 MW du niveau de la pointe électrique (rapport de la DRIEE lors du séminaire de la soutenabilité énergétique du nouveau Grand Paris du 2/11/2013). Le réseau francilien de distribution de gaz constitue un atout pour la combinaison des usages et la complémentarité des réseaux d’énergie ; il dispose d’une réserve disponible équivalente à 20 000 MW de puissance de pointe.

Avec le couplage des réseaux électrique et gaz naturel sur un site industriel, GRDF répond à différents enjeux :

  • La résilience des infrastructures et des sites ;
  • La complémentarité énergétique pour diminuer les contraintes liées aux pics de consommation ;
  • La compétitivité et la flexibilité de l’installation en permettant à l’hébergeur d’utiliser la trigénération en tant qu’outil financier pour optimiser sa consommation d’énergie, mais aussi pour disposer du choix entre l’autoconsommation des énergies ou la revente de ces
    dernières ;
  • Le réseau gaz naturel permet également d’apporter une énergie renouvelable fiable et constante toute l’année avec le développement de l’injection de biométhane issu de déchets des territoires. En 2030, la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte prévoit l’injection de 10 % de biométhane dans les réseaux de gaz naturel ; cela équivaut à 120 datacenters de 10 MW électriques IT alimentés 100 % en énergie renouvelable.

Comment allez-vous faire évoluer votre gamme de solutions en ce sens ?

GRDF est en capacité d’alimenter tout type de projet de datacenter qui va du datacenter de 100 MW elec IT jusqu’au datacenter modulaire de 100 kW elec IT. GRDF travaille avec les industriels qui peuvent proposer des installations de trigénération gaz basées sur des moteurs ou des turbines, et très bientôt avec des piles à combustible. La trigénération gaz constitue une nouvelle alternative énergétique pour les hébergeurs qui souhaitent s’inscrire dans le développement d’une économie numérique plus vertueuse. Avec cette technologie innovante, les datacenters deviennent acteurs de la transition énergétique avec GRDF.